Coronavirus : le réchauffement climatique a-t-il favorisé l’épidémie ?

C’est indubitable, le changement climatique favorise la propagation des agents pathogènes à l’origine de maladies infectieuses comme Lyme, le chikungunya, le paludisme, la dengue… transmises par des insectes. En est-il de même avec le Covid-19 ? Son apparition puis sa propagation ont-elles été favorisées par la hausse des températures ? La question est légitime, mais les réponses sont encore trop nébuleuses. A priori, pour l’ensemble des épidémiologistes, on ne peut établir aucun lien, direct ou indirect. La pandémie (oui, on peut désormais utiliser ce terme) est bien trop récente pour établir un diagnostic sérieux. Par ailleurs, rappelons que la transmission du Sars-CoV-2 se fait directement d’individu à individu, sans insecte intermédiaire.
Le nouveau coronavirus venu de Chine provoque grossièrement les mêmes syndromes respiratoires que la grippe. Or, la grippe n’est-elle pas plutôt un fléau hivernal ? De là à en conclure que les coronavirus ne seraient pas favorisés par le réchauffement climatique, il y a un pas facilement franchissable. Mais ce serait une erreur ! D’abord, des travaux de virologues ont montré que certaines lignées de virus de la grippe sont désormais capables de survivre quand les températures grimpent. Pour ne rien arranger, il semblerait que les hivers doux favorisent l’émergence d’une grippe plus précoce et plus grave que celle de l’année précédente. On pourrait s’attendre aux mêmes conséquences si le Sars-CoV-2 venait à s’acclimater définitivement chez nous.
Mutations et migrations
Cependant, le docteur Alex Liu, spécialiste de l’intelligence artificielle, ancien d’IBM et actuel président-fondateur du laboratoire Research Method and Data Science, vient de lancer un pavé dans la mare. Non, l’épidémie actuelle de coronavirus n’est pas liée au climat ! « Il n’y a pas de liens directs entre la température atmosphérique et la répartition du Covid-19 », écrit-il dans un rapport. Rappelons-nous que l’épidémie de Mers-CoV, dû à un autre coronavirus, a débuté au mois d’août en Arabie saoudite et que le climat n’y est pas particulièrement hivernal.
L’influence du climat sur la dispersion des virus peut se faire de manière indirecte. Par exemple, le réchauffement a conduit de nombreuses espèces d’oiseaux à modifier leurs routes migratoires. Certaines poussent beaucoup plus loin vers le nord. En effectuant de nouvelles étapes, les oiseaux migrateurs sont amenés à rencontrer des espèces différentes. Or on sait que les oiseaux sont d’excellents vecteurs pour les virus. Donc ces derniers ont davantage d’occasions de se recombiner entre eux pour produire, éventuellement, des formes virales très pathogènes pour l’homme.
Si les effets du changement climatique sur le Covid-19 restent encore aléatoires, en revanche, les effets du Covid-19 sont patents sur le réchauffement climatique. La Nasa a publié les cartes des principales zones chinoises frappées par le coronavirus. Celles-ci montrent une forte chute des émissions de dioxyde d’azote, un gaz « réchauffeur ». Mais, surtout, le ralentissement de l’activité économique et des transports engendré par le coronavirus a déjà provoqué une nette réduction des émissions de gaz carbonique. Selon le Centre for Research on Energy and Clean Air (REA), les émissions de gaz à effet de serre de la Chine auraient chuté d’un quart durant le mois de février comparativement au même mois en 2019. Ce phénomène devrait avoir lieu partout où le virus sévit. Pour autant, les membres du Giec sont loin de se réjouir. Dès que le virus aura tourné les talons, il y a fort à parier que l’économie se remettra à tourner à plein régime.